Un ramonage négligé n’est pas qu’une mauvaise habitude : c’est une faille dans la chaîne de sécurité du logement. Les conséquences s’étendent bien au-delà de la simple suie sur les murs. Si un feu de cheminée se déclare, le propriétaire ou le locataire peut se retrouver face à une responsabilité civile engagée, et, sans preuve d’entretien conforme, l’assurance habitation peut opposer un refus d’indemnisation, même en présence d’une garantie incendie.
En France, l’analyse des responsabilités varie selon le type de bail et la date du sinistre. Les obligations qui entourent l’entretien des cheminées relèvent d’arrêtés locaux : municipalité ou préfecture dictent la fréquence du ramonage et les mesures de prévention. Faillir à ces règles, c’est risquer des sanctions, mais aussi une prise en charge partielle, voire nulle, des dommages par l’assureur.
Feu de cheminée : comprendre les causes et les risques d’incendie domestique
La cheminée réchauffe les intérieurs, mais chaque flambée porte sa part de risques. Un incendie domestique lié à la cheminée a souvent pour origine l’accumulation de créosote, résidu dangereux issu de la combustion du bois de chauffage. À mesure que les flammes consument le bois, le conduit de fumée se tapisse de suie et de bistre : dès 250 °C, ce dernier peut s’enflammer.
Voici les différences entre les principaux types de foyers pour mieux cerner les risques :
- Un foyer ouvert disperse beaucoup plus de particules fines (jusqu’à 90 kg/an) et présente un danger accru d’étincelles susceptibles d’embraser les alentours.
- Le foyer fermé ou l’insert maximise le rendement énergétique et limite les émissions (environ 3 kg/an de particules fines).
La sélection du bois de chauffage est un levier de sécurité : utiliser du bois sec, affichant moins de 20 % d’humidité, réduit la formation de dépôts dans le conduit et freine le risque de feu de cheminée. Un bois humide alimente les résidus et multiplie les dangers.
L’entretien défaillant ou un conduit mal conçu font aussi partie des causes fréquentes d’accidents. Une mauvaise évacuation, c’est l’ombre du monoxyde de carbone qui plane : un gaz inodore, mortel, qui s’invite en cas de tirage insuffisant ou d’obstruction.
Le règlement sanitaire interdit parfois le foyer ouvert comme unique système de chauffage, notamment en Île-de-France. À côté, poêles à bois, chaudières ou appareils à granulés offrent des alternatives efficaces, à condition d’un entretien suivi avec rigueur.
Propriétaire ou locataire : qui porte la responsabilité en cas de sinistre ?
Cheminée laissée à l’abandon, feu de bistre dans la nuit, monoxyde de carbone qui s’infiltre… Lorsqu’un sinistre survient, la question de la responsabilité surgit aussitôt. La répartition des devoirs entre propriétaire et locataire repose sur le bail, la loi et la politique de l’assurance.
Le locataire prend en charge le ramonage du conduit individuel, selon la fréquence dictée par l’arrêté préfectoral ou le règlement sanitaire. Ce travail, confié à un professionnel, donne lieu à une attestation de ramonage, un document à garder précieusement, car l’assurance habitation l’exigera en cas de sinistre ou de dégâts matériels. Omettre ce justificatif, c’est risquer de voir l’indemnisation refusée.
Le propriétaire, pour sa part, doit garantir l’entretien structurel de la cheminée : étanchéité, conformité du conduit, remplacement des éléments défectueux. En immeuble, le syndic administre les conduits collectifs et organise leur ramonage.
Pour clarifier qui fait quoi, voici la répartition des obligations :
- Ramonage du conduit individuel : à la charge du locataire
- Entretien et réparations structurelles : à la charge du propriétaire
- Conduits collectifs : responsabilité du syndic
En cas de litige, un expert de justice peut être désigné. Avant d’en arriver au tribunal, la commission départementale de conciliation ou la médiation aident à aplanir les conflits. France Assureurs et l’ANIL mettent à disposition guides et conseils pour s’y retrouver dans les responsabilités.
Ramonage négligé : quelles conséquences juridiques et financières ?
Faire l’impasse sur le ramonage expose à des répercussions concrètes. La loi française, décret n° 2023-641, arrêté du 20 juillet 2023, code de la santé publique, prévoit un ramonage régulier, au moins une à deux fois par an selon la zone. Seul un professionnel certifié peut délivrer une attestation de ramonage, sésame incontournable pour l’assurance en cas de sinistre.
Ignorer cette obligation entraîne des sanctions. Le propriétaire ou le locataire négligent peut se voir infliger une amende allant jusqu’à 450 euros. Mais le vrai danger se situe du côté de l’assurance : sans attestation, l’assureur peut refuser de couvrir les dégâts matériels ou le relogement consécutif à un incendie. Une négligence qui peut coûter cher, car les factures de réparation dépassent vite le montant de la contravention.
En cas de désaccord, la justice s’appuie sur la norme NF-DTU 24-1, qui définit les règles d’installation et d’entretien des conduits de fumée. Le non-respect de cette norme engage la responsabilité civile, parfois pénale, surtout si un tiers subit des dommages. La fréquence minimale du ramonage dépend des arrêtés locaux : il est donc capital de se référer à la réglementation applicable à son logement.
Pour bien visualiser les enjeux, voici les points clés à retenir :
- Ramonage obligatoire : 1 à 2 fois par an minimum, selon la réglementation locale
- Professionnel qualifié : attestation à conserver soigneusement
- Risques : amende, refus de garantie, responsabilité civile ou pénale
Adopter les bonnes pratiques pour sécuriser et entretenir sa cheminée
Entretenir sa cheminée, son poêle ou son insert ne se limite pas au ramonage : il s’agit d’une série de gestes et de vérifications qui préservent la sécurité du logement et la qualité de l’air intérieur. Un entretien régulier effectué par un professionnel certifié réduit le risque d’incendie domestique ou d’intoxication au monoxyde de carbone.
Respecter la distance de sécurité entre le conduit et tout matériau inflammable reste fondamental. Les installations doivent répondre aux normes thermiques en vigueur (RT 2012, RE 2020) et, pour les appareils récents, à la norme Ecodesign 2022. Un certificat d’installation délivré par un installateur Qualibat ou OPQCB, ainsi qu’un certificat d’entretien annuel, sont autant de preuves à présenter en cas de contrôle ou de sinistre.
Pour renforcer la sécurité, l’installation d’un détecteur de fumée (obligatoire) et d’un extincteur près du foyer permet de réagir sans délai en cas d’incident.
Voici quelques réflexes à adopter pour limiter les risques :
- Contrôle visuel fréquent de l’état du conduit (suie, bistre, présence de dépôts)
- Usage exclusif de bois sec (moins de 20 % d’humidité) pour limiter la créosote
- Aération quotidienne pour évacuer les polluants et renouveler l’air intérieur
Enfin, l’impact environnemental n’est pas à négliger : un foyer ouvert émet jusqu’à 90 kg de particules fines par an, contre 3 kg pour un foyer fermé. Le choix de solutions performantes et responsables prend alors tout son sens, tant pour la sécurité que pour la santé de tous.


